DES DATTES
Une fois de plus, après avoir couru « pieds nus
à travers la Mauritanie », Mlle Odette du Puigaudeau et son «
double », Marion Sénones, avaient donné rendez-vous à l’Aventure
dans l’Adrar mauritanien où la grande foire des dattes attire les
nomades. Elles l’ont rencontrée, telle qu’elles la souhaitaient, «
avec son visage dur, ses menaces et ses dons ».
Température de fournaise, « fumée d’incendie craquant sous les
dents » ds vents de sable, dunes en folie, où se perd la
piste ; menace du rezzou qui peut à tout instant surgir, de
l’insolation qui foudroie, de la fièvre qui anéantit ;
supplice de la soif qui lentement vous vide et fait trouver une
enviable saveur à n’importe quelle mare au « goût pittoresque de
cadavre ». Ces jeunes fanatiques du libre espace n’ont pas cru
payer trop cher la merveilleuse liberté qui monte des horizons
vides, l’allégresse de la vie intense, d’indépendance totale, la
frénétique jouissance de la lutte et l’ivresse de la difficulté
vaincue qui font l’envoûtement du désert.
Si vous lisez ce livre, vous y admirerez des pages d’ardentes
couleurs, des traits de mœurs curieux ou savoureux, de belles
histoires (pas toutes pour jouvencelles), des types amusants ou peu
rassurants ; « un aspect ou un autre, fugitif, peut-être
illusoire, de l’âme maure », et ces femmes « douces, gaies,
charmantes et puériles », regrettées « comme une seule amie aux
mille visages ».
Louis Jalabert
Études, 5 octobre 1937
Louis
Jalabert, orientaliste et jésuite, était responsable de la
prestigieuse revue Études
