The degreening of Niger

L’article de Lydia Polgreen « The regreening of Niger » sélectionné du « New York Times » par le Monde du Saturday-February 17-02-07, éveille l’inquiétude. Non pas pour la proposition du recul annoncé du désert au Niger, ce scoop serait accueilli avec joie, mais parce que cette affirmation scientifiquement non fondée donne de faux espoirs et occulte le véritable débat ainsi que sa réponse politique. A en croire l’auteur, il n’y a plus raison de s’inquiéter de la désertification au Niger car depuis une quinzaine d’année, la strate ligneuse recolonise les espaces jadis occupés par le désert.

Tout ceci fait fi des observations bioclimatiques récentes et d’un processus d’aridité engagé depuis plusieurs milliers d’années comme le suggère la disparition des civilisations rupestres du Sahara. Le bilan de la biomasse nigérienne ne va pas dans le sens d’un « Niger grows greener » selon la formule de L. Polgreen, mais indique plutôt une nette réduction du couvert végétal provoquée par un déficit pluviométrique de l’ordre de 30% par rapport à la 1
ère moitié du 20ème siècle mais également par le poids de l’exploitation anthropique anarchique de la biomasse. Avec la déforestation à grande échelle du milieu tropical, les sahéliens ont perturbé le cycle de transfert de l’eau atmosphérique en supprimant notamment la contribution de l’évapotranspiration des plantes à la pluviosité.
Ce constat dont l’objectivité se construit autour de travaux scientifiques, peu apparaître politiquement peu correct car sa mésinterprétation peut induire un réflexe national pessimiste et paralyser les esprits. En lisant l’article de Stephen J. Jett «Interdits scientifiques et politiquement correct», paru dans Diplomatie n°24 de janvier-février 2007, on comprendra mieux combien masquer ou ignorer la réalité dans un but de propagande idéologique ne permet pas au désert de reculer et encore moins aux aquifères de se remplir.

L’exemple de Guidan Bakoye et Dan Saga (à l’Est de Maradi au Niger), utilisé par l’auteur pour les besoins de sa démonstration, est très particulier. Cette région est située entre le 13
ème et le 14ème parallèle et il y pleut de 500 à 600 mm/an ce qui est déjà une situation extrêmement favorable par rapport au reste du pays. Dans ces deux villages, les gens sont décrits comme heureux… Mais utiliser ce cas local exceptionnel pour le généraliser à l’ensemble du Niger procède d’une réduction métonymique frisant l’imposture. Tout ceci porte préjudice à un véritable diagnostic bioclimatique régional qui pourrait alors servir d’outil d’aide à la décision.

Au Nord de Maradi, la réserve de faune et de flore du Tadress n’existe plus. C’est l’abattage clandestin des arbres séculaires, pour approvisionner Agadez, Maradi et Zinder en bois de chauffe, qui est responsable de cette désolation. A Aderbissinat et Tanout, les maisons, les dispensaires, les écoles… sont envahis par le sable dunaire en provenance du Ténéré. Les barkhanes s’installent sur la route goudronnée Agadez-Zinder. Le Damergou qui était considéré comme un grenier à mil à l’époque coloniale est maintenant recouvert d’un glacis sableux.

Les hydrologues de L’IRD à Niamey, pour expliquer la remontée paradoxale car inattendue du niveau piézométrique de la nappe phréatique du Continentale terminal au nord de la capitale, battissent un modèle en contradiction avec le constat de L. Polgreen. Le « paradoxe de Niamey » s’explique par la perte des sols et du couvert végétale, au cours des dernières décennies, qui aurait favorisé le ruissellement et l’accumulation des eaux au niveau des mares et leur infiltration bénéfique aux aquifères.

Certes, depuis deux décennies, on mesure une petite amélio-ration pluviométrique* par rapport aux années 1970, ce qui a produit, dans les régions les plus méridionales, le retour d’une auréole de jeunes ligneux. Bien géré comme à Guidan et Dan Saga, cette ressource permet la commercialisation de fagots de faible valeur énergétique, juste suffisante à satisfaire la demande locale. Mais au Niger, les besoins en bois-énergie sont considérables (3,8 millions de tonnes pour 2007), et le pays ne parvient à satisfaire que 33% de la demande. Le rapport (FAO, 1999) sur les ressources forestières au

Niger fait état d’un prélèvement endémique annuel de 5% sur le capital forestier. Si cette tendance persiste, en 20 ans la totalité de la forêt aura disparu.


A cet égard, les « aléas climatiques » sont des facteurs structurels et leur compréhension devrait orienter le choix politique. Les travaux de recherche APEX-Sahel, démarrés il y a 10 ans par l’ORSTOM, n’ont pas donné de réponse satisfaisante sur l’aspect anomique du « phénomène mousson » ni d’outil pratique pour améliorer la production céréalières à usage des cultivateurs et des populations les plus vulnérables.
Le directeur de l’IRD, Philippe Lazar, ne souhaitait il pas « rendre la recherche utile aux décideurs » (Marchés Tropicaux, 595, 19/03/1999). Malheureusement, 8 ans plus tard, le directeur général de l’ACMAD en 2006 (RDT-info n° 51) continuait de déplorer l’absence de suite dans les campagnes scientifiques occidentales.
Espérons que le nouveau projet AMMA (Analyse Multidisciplinaire de la Mousson Africaine), également piloté par l’IRD, ne soit pas le clone avatar de ses prédécesseurs.

Mais dans ce contexte, la pression anthropique exercée sur le milieu est devenue le facteur déterminant de la déforestation. La récente explosion démographique (3,5¨% de croissance) pèse considérablement sur l’environnement. En un demi-siècle la population est passée de 3 à 15 millions d’habitants. 50% des nigériens a moins de 15 ans et flirt avec l'analphabétisme. Avec 8 enfants par femme, le Niger est au sommet du classement international de la fécondité, mais bon dernier pour l’indice de développement humain de l’ONU.

Les surfaces cultivées pour les céréales ont triplé en 50 ans le long de la bande utile (13°N-14°N) et la pratique de l’assolement a disparu. Le besoin en énergie et en nouvelles terres cultivables est devenu crucial. Ceci explique que les 98 forêts classées du Niger se réduisent d’un vingtième de leur surface tous les ans lorsqu’elles ne disparaissent pas comme à Kadoura ou Banan Rafi. Les ruraux, qui représentent 83% de la population du Niger, ne parviennent plus à satisfaire leurs besoins et l’exode s’accélère. Depuis les deux grandes sécheresses de 1970-74 et 1984, des milliers de réfugiés climatiques et économiques se sont installés sur les 2 500 hectares de terre reboisée (programme de l’ONU) qui constituent la ceinture verte de Niamey. Cette population oubliée y puise de façon destructrice ses besoins en bois de chauffe et de construction malgré les interventions des agents de l’environnement qui assistent impuissants à la disparition de ce capital.
Au cours de l’année 2005, la région de Maradi se trouva sous les feux des médias. Des ONG comme ACF et MSF y révélaient l’existence d’une crise alimentaire. Or cette analyse se révéla fausse et par la suite elle fut rectifiée en « malnutrition infantile » causée par des poches de pauvreté et la spéculation sur le cours du mil. L’ONG "Save the Children" parla même de tentative d’entrave au commerce régional et à la fluidification des échanges pour cette céréale. Cet exemple démontre combien les décideurs et les bailleurs de fonds sont dépourvus de solides informations et combien elles apparaissent contradictoires entre elles...

Ce constat peu encourageant devrait au contraire provoquer une réaction radicale et devenir une arme argumentaire de l’adaptation au changement climatique qui risque de devenir inéluctable sans modification comportementale. Les territoires peu à peu perdus pour l’exploitation conventionnelle: pâturage, coton, mil… peuvent redevenir des sites de production comme le montrent certains pays sahéliens qui introduisent la culture de
Jatropha pandurifolia. Une Euphorbiacée rustique productrice de biocarburant qui est capable de proliférer là où les autres plantes disparaissent et où la désolation s’installe.

Mais naturellement, cela suppose qu’il faille oser la réforme foncière en réduisant son insécurité et penser le changement socio-économique à l’intérieur d’une société rurale fortement traditionnelle. Les cinquante millions d’euros prévue pour le projet AMMA ne seraient ils pas mieux utilisés dans le cadre de la promotion du planning familial au Niger ?

* Mais ce retour des pluies est bien inférieure à celui du début du siècle et s’inscrit dans une tendance à l’assèchement. Mais ceci n’est pas nouveau pour le Sahel. Il ne faut pas oublié que la période appelée « le Kanémien », il y a 12 000-17 000 ans, correspondait à un désert bien plus important que celui qui se met en place aujourd’hui.